Les Chroniques Didouistes

19 octobre 2007

Exocytose

cast_asideA Jordy, que j'aime,
A Andrew, qui comprendra cette chronique mieux que quiconque.

        Les personnes qui s’aiment, ou même juste qui s’apprécient véritablement, devraient se quitter à l’acmé de leur relation. Car, tout comme il est prouvé que tout ce qui monte redescendra, il est indiscutable que tout ce qui est bien se dégradera. L’idéal serait que les deux concernés se séparent exactement au même moment, à la seconde près, en sachant que l’autre agit pareillement et qu’ainsi personne ne sera triste. Un peu comme ces grandes scènes de cinéma souvent pathétiques où deux amants se mettent à courir dans des directions opposées sans se retourner. Ma vie n’est pas un film, Jordy et moi ne sommes pas arrivés à nous quitter avant.
       
Amélie Nothomb écrit « Me fut épargné cet épisode sinistre entre tous, barbare et mensonger, qui s’appelle la rupture. Sauf en cas de crime ignoble, je ne comprends pas qu’on rompe. Dire à quelqu’un que c’est terminé, c’est laid et faux. Ce n’est jamais terminé. Même quand on ne pense plus à quelqu’un, comment douter de sa présence en soi ? Un être qui a compté compte toujours.» C’est bouleversant de vérité. Une exception demeure : quand aimer vous détruit, et chaque jour un peu plus. Dans ce cas l’instinct de survie met fin à cette situation dangereuse, souvent de manière brutale. Personne ne peut se permettre de vivre en permanence avec cette boule au ventre, de transformer ses oreillers en éponges lacrymales, de consacrer toute son énergie à lutter contre la douleur.
        S’arracher le cœur fait suffisamment mal en soi, mais ce qui vous achève est l’indifférence totale de l’être aimé à votre geste. En même temps l’absence de toute réaction de la part de Jordy me confirme que c’est ce qu’il fallait faire. Néanmoins en rentrant chez moi aujourd’hui je me suis remis à espérer le trouver sur le perron. J’ai tellement rêvé la scène : je l’aperçois et en une seconde j’oublie tout sauf mes sentiments, une chanson de James Blunt passe au ralenti dans ma tête et je me jette dans ses bras en pleurant. Encore une connerie de cinéma. Le résultat d’une éducation sentimentale abreuvée d’histoires à la Rose et Jack. Je veux du Grand, du Beau, du Vrai. Il est trop tard pour y changer quoique ce soit. Et je ne le voudrais pas.

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17 septembre 2007

Con-plications (la suite d'Ex-plications)

            Détester quelqu’un demande une énergie considérable. Aussi j’avais décidé il y a quelques temps que les gens m’inspireraient soit de l’amour (à différents degrés naturellement) soit de l’indifférence, rien d’autre. J’admire les je-m’en-foutistes. Ils ont tout compris. Avez-vous remarqué que lorsque vous prenez une bonne résolution quelqu’un surgit immanquablement pour vous empêcher de vous y tenir ? Vous arrêtez de fumer, votre meilleur ami dégaine ses Marlboro, vous entamez un régime, votre grand-mère apporte un paris-brest pour le déjeuner familial, je décide de ne plus prêter attention aux imbéciles, un mec qui ne sait rien de moi me laisse un commentaire méprisant (cf. ma précédente chronique).0_1658_5097147_00
            Il a signé edj mais appelons le Ennis, prénom d’un des deux cow-boys de Brokeback Mountain, puisque c’est avec lui que Jordy s’est encanaillé sous la tente à Aurillac. Ennis me reproche d’ailleurs d’avoir sous-entendu qu’il s’était passé quelque chose car « il s’est rien passé à Aurillac, à part qu’ [ils ont] vu du théâtre de rue ». « On » m’aurait donc menti ? Soit. Je m’en tiendrai dorénavant uniquement aux faits. Sachez alors qu’il y a quelques jours Freddy était chez Ennis. C’est un fait et personne ne doute qu’ils ont passé leur temps à jouer au Scrabble. Sans aucun sous-entendu, cela illustre bien que le forum dont je parlais dans Ex-plications rapproche les gens (Ennis est également un membre actif).
            De toute façon ni Freddy ni Jordy n’étaient l’objet de ma précédente chronique. Non seulement parce qu’il faudrait bien plus qu’une chronique pour tout dire mais aussi tout simplement parce que le but de ce blog n’a jamais été de régler des comptes. Ils ne servaient que d’exemples du climat délétère du forum que je voulais dénoncer. Mais à l’opposé des admirables je-m’en-foutistes, ceux qui démarrent au quart de tour, qui ne comprennent rien et à qui il faut tout expliquer ne peuvent qu’agacer.

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             Chers lecteurs,
        Je ne modère pas les commentaires, Canalblog avait des problèmes. Apparemment tout est rentré dans l'ordre (jusqu'à la prochaine fois...).
         J’en profite également pour m’excuser si dorénavant les chroniques s’espacent un peu plus dans le temps, je vais avoir une année chargée je crois. J’essaierai tout de même de tenir un rythme régulier mais je préfère ne rien promettre. Naturellement vos commentaires et messages de soutien me mettent du baume au coeur et m’encouragent à écrire plus vite.
         A très bientôt pour de nouvelles chroniques didouistes. Didou

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14 septembre 2007

Ex-plications (1ère partie)

chart2            Les noms ont été changés pour protéger les coupables.

            Je suis sorti avec Freddy (les griffes de la nuit lubriques) puis plus récemment avec Jordy. Freddy et Jordy se sont vaguement tripotés dans un lit fin août 2006. Je devrais faire une toile reliant les gens qui couchent plus ou moins ensemble comme Alice Pieszecki dans The L Word. Freddy et Jordy en seraient deux centres importants. Il faut dire que le forum que nous fréquentons tous les trois est un vivier d’êtres prêts à s’encanailler.

Je suis arrivé sur Les ados parlent sexo le 25 mai 2004. On s’abuse forcément à imaginer ce qu’il s’y passe tant qu’on n’y est pas ; et une fois que l’on y est, on perd toute clairvoyance. N’importe qui se laisserait griser : vous n’avez pas eu beaucoup d’expériences, vous n’avez globalement pas beaucoup de succès dans la vraie vie ; ici on ne vous a jamais parlé mais on vous trouve adorable, on ne vous a jamais vu mais on vous trouve mignon, on ne sait rien de vous mais on veut réétudier le Kama-Sutra en votre compagnie. Vous êtes Tom Cruise. Vous êtes Brad Pitt. Non, en fait vous êtes mieux.

Rapidement vous prenez part à cette drague sauvage incessante et développez un sens aigu de la répartie salace. Les gens deviennent des images Panini, vous les voulez tous, ceux qui vous résistent vous agacent, de toute façon vous les aurez, posséder le plus bel album permet de se rassurer. Ero-addiction. J’étais déjà entré dans cette phase quand je suis sorti avec Freddy et j’étais vraiment un petit con, il a été d’une patience admirable. Aujourd’hui nous ne nous parlons plus, ce qui ne suscite aucun manque. Par ailleurs les germes de vanité que j’avais observés chez lui à l’époque ont aujourd’hui donné de belles fleurs.

            Le cas de Jordy est plus intéressant. Lorsque nous nous sommes connus en juillet 2006, il n’osait pas même me montrer une photo de lui. Depuis le début de l’année, il a flirté avec un apollon nommé Quentin, un belge nommé Antoine, a multiplié les branles-cam avec l’Embryon, a fait un remake de Brokeback Mountain avec un quasi-inconnu lors d’un sex-camp à Aurillac, a tripoté un trentenaire rencontré dans le Marais « pour payer la nuit passée chez lui ». Plus tout ce que j’ignore car Jordy est peu bavard à ce sujet, avec moi du moins. Malgré tout je garde pour lui une affection particulière. J’espère peut-être trop retrouver l’ancien Jordy.

            On pourrait croire que j’incrimine le forum ou que je jette la pierre à Jordy : ni l’un ni l’autre. J’en suis juste venu à la conclusion suivante : devant tout ce que propose Internet, il faut une force de caractère rare ; les esprits faibles seront pris dans le piège d’une vie virtuelle moins difficile.

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05 septembre 2007

Downtown

end_of_street_on_7th            Certains matins on se lève avec une chanson, ou juste un air, dans la tête sans savoir pourquoi ou comment ça s’est immiscé en nous, mais on sait que ça ne va nous quitter de la journée donc on est soulagé si ce n’est pas le dernier titre de Tony Parker. Aujourd’hui c’était « Downtown », une vieille chanson de Petula Clark. Heureusement je ne me suis pas réveillé sur un tube de Kyo, je n’aurais pas pu commencer cette chronique ainsi (lorsqu’une chanson connaît le succès en radio et que les pré-adolescentes se l’approprient, on ne peut plus l’écouter au grand jour, règle de bon goût).

            Je me fais un café Senseo dans un mug James Blunt en fredonnant les premières paroles: « When you’re alone and life is making you lonely, you can always go downtown ».

            Il faut se remettre dans le contexte : c’est en 1964 que Petula se réconforte en allant en centre-ville. Aujourd’hui elle serait dépitée. A son époque il y avait moins de pollution, les trottoirs n’étaient pas des parcours du combattant et les usagers de la rue n’étaient pas si renfrognés voire agressifs ; ce n’est pas cliché, c’est la vérité. Elle n’avait sûrement pas non plus à traverser la Place Neuve. Place Neuve : lieu de Saint Etienne où se réunissent différentes CSV (catégories socio-vestimentaires) de jeunes (mecs de skyblog, Diesel-D&G, Napapijri…) pour montrer qu’ils ont des amis, qu’ils savent s’amuser, et vilipender ceux qui appartiennent aux autres CSV, le tout autour de sirops de kiwi ; par extension, ce genre d’endroit dans n’importe quelle ville. Impossible de faire un pas sans être examiné de la tête aux pieds. La tyrannie du coup d’œil-couperet. J’ai parfois envie de commettre un acte de rébellion, enfiler l’affreux sweat GAP XXL que je portais en cinquième et aller promener mon corps ainsi ensaqué dans les rues les plus fréquentées, avec l’espoir de donner la nausée à quelque fashionista ou pseudo-emo nouvellement converti. Mais on ne mène pas une révolution seul. En outre, pour reprendre une maxime de Churchill en la réactualisant, on peut penser que la mode actuelle est la pire à l’exception de toutes les autres. De toute manière, dans deux ou trois ans, ça n’aura plus la moindre importance.

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31 août 2007

Première

409396884Hier soir je suis allé sur un chat « entre hommes ». La société raffole d’euphémismes : on n’est pas moche, on a une beauté particulière, on n’est pas dame pipi, on est technicienne en sanitaires, on ne va plus aux putes, on consulte des professionnelles. Evidemment ici on ne discute pas modèles de perceuses ou façons de tondre la pelouse devant la maison familiale.

En moins d’une seconde une page bariolée surgit sur mon écran. Fréquenter un chat est aussi profitable que des années d’école de communication : au milieu de 300 connectés il faut vite apprendre à se faire remarquer. Certains excellent dans cet art, tel bogayTBM64 qui martèle son département suivi du mot sexe, en bleu foncé sur fond jaune et sur quatre lignes. Ça fait tellement mal aux yeux que c’est difficile à ignorer. Je me noie sous les vagues d’annonces salaces, l’inexpérience sans doute puisque certains arrivent très bien à entretenir une discussion : apparemment ça passe bien entre actif59 et dilaté38. Pas étonnant me direz-vous.

« Normalement » il y a une modération sur ce chat. J’avoue que j’ai du mal à en comprendre les règles. Je m’étais déjà vu refuser l’entrée car j’avais choisi de m’appeler lubrique42 alors qu’on trouve des dizaines de sex-machin-chose ou de bien-membré-bidule-chouette. Sans parler du dénommé dilaté38. Conclusion : mieux vaut être dilaté que lubrique.

Je hasarde un « Bonsoir », une petite lumière clignote dans un coin de l’écran : trois connectés veulent me parler en privé ! françois512, 23_m_69 et jbbi8 sont unanimes, j’ai l’air « gentil », c’est pour ça qu’ils sont venus me « parler ». Jamais je n’ai eu un succès aussi fulgurant, ça donnerait envie de faire la roue devant son ordinateur. Ils me demandent quasiment en même temps d’où je viens, mon âge (je ne sais pas s’il existe des mauvaises réponses, en tout cas à chaque fois « c’est parfait ») et enfin ce que je cherche ici. « Je ne sais pas. » D’ailleurs c’est vrai. Plus de lumière qui clignote. Je n’aurai plus de réponse jusqu’à ce que je m’en aille. Finalement ce chat c’est comme la vie : quand on ne sait pas ce qu’on veut, au final on a rien.

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